Partager
Actualité
Vous êtes ici : Version françaiseActivités

Paradigme mémoriel de la littérature

Affiche
Affiche
Date(s)

le 10 juin 2026

Lieu(x)

Site Tanneurs

5e étage BU

Journée d'étude

Paradigme mémoriel de la littérature. Un nouvel ancrage spatio-temporel de la littérature ? (de Proust à nos jours)

Organisation : Anna Krykun et Andrea Nicolini

D’à la recherche du temps perdu à La Plus Secrète Mémoire des hommes en passant par Blanche ou l’Oubli d’Aragon, Le Temps immobile de Claude Mauriac ou Souvenirs dormants de Patrick Modiano, l’histoire littéraire de cent dernières années semble être jalonnée par les récits de la mémoire. Malgré une place importante qu’ils occupent dans le canon littéraire, l’usage de ce terme est pourtant généralement associé au domaine d’études mémorielles, centrées sur l’exploration des recompositions des souvenirs à des fins de la construction identitaire et donc sur les œuvres qui participent à l’affrontement des visions concurrentes du passé dans le contexte de confits, récents ou actuels. Faire un « détour » par la philosophie permet de sortir du cadre des contestations mémorielles, où les fictions littéraires sont envisagées au même titre que d’autres types de discours qui servent à transformer les imaginaires et les identités collectifs, pour revenir à la littérature et poser la question de ce que ce tournant mémoriel fait à l’écriture littéraire.
Un nouveau rapport à l’espace et au temps constitue sans doute une des mutations majeures de la littérature à l’âge d’écritures mémorielles. Si l’on admet, avec Kant, que l’espace et le temps sont deux formes a priori de notre sensibilité, du fait de leur caractère universel et nécessaire, alors force serait de reconnaître que les fictions mémorielles témoignent d’une sorte de révolution copernicienne dans le rapport à l’espace et au temps. En effet, dans les récits mémoriels, le temps se spatialise, s’inscrit dans les objets, les lieux, les formes, et ne peut finalement être embrassé qu’en tant espace, celui d’archives, d’une collection ou d’un catalogue, où les différents périodes et moments du passé se superposent et sont co-présents dans une temporalité cumulative de la mémoire. L’espace est au contraire temporellement « chargé », chaque lieu se déploie dans une quatrième dimension, la diachronie de ses transformations successives. Ce rapport entre l’espace et le temps fait que, de manière très leibnizienne, chaque chose n’est plus un élément parmi d’autres dans le monde mais possède en lui-même, comme par reflet, tout l’univers. Aussi les lieux des fictions mémorielles sont par essence hantés, et le temps spectral. De ce fait, le récit perd souvent ses marques référentielles et se donne comme un tissage instable où l’espace devient temps ; le temps, espace ; et l’écriture, comme la lecture, une quête de repères.