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Catherine LARRERE, Emmanuel PICAVET, Eric POMMIER (dir.), Arne Naess : écologie et politique, Paris, Mare et Martin, 2026, 190 p.
Couverture Arne Næss est le père fondateur du courant de l’écologie profonde (Deep ecology) qui affirme le caractère relationnel de toutes choses ainsi que la valeur intrinsèque des différentes formes de vie, ce qui conduit à en louer la richesse et la diversité.
Or, dans le meilleur des cas, la dimension politique de cette écologie a été déclarée impuissante, voire ignorée ; dans le pire, on a dénoncé son incompatibilité avec la démocratie. On l’a même accusée de nourrir un discours écofasciste.
Ce volume consacré à la politique de l’écologie profonde a pour ambition de dévoiler cette part méconnue de la pensée du grand auteur norvégien en la situant par rapport à certains de ses inspirateurs (Spinoza, Gandhi) et en la mettant en relation, de manière critique, avec les thèses de l’écoféminisme, de l’écologie sociale et du pragmatisme.
La mise au jour de ses sources et la restitution des débats avec ses détracteurs révèlent l’actualité de la philosophie de Næss d’une manière qui ne se contente pas de l’aider ainsi à retrouver sa juste place au sein de l’histoire de la philosophie et de la pensée écologique, mais aide aussi à s’interroger sur les voies d’avenir de la pensée écologique et sur son volet politique.
En rejetant les tentations autoritaires, en assumant le meilleur de la tradition démocratique, en intégrant le souci de justice sociale au sein d’une réflexion qui s’interroge sur l’être de la nature, le père fondateur de l’écologie profonde contribue au renouvellement d’une démocratie devant se mettre à la hauteur des enjeux sociaux et écologiques du XXIe siècle.
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Élisée RECLUS, Le Maroc (texte présenté par Jean-Jacques TATIN-GOURIER & Mohamed LEHDAHDA), Paris, Éditions Minerve, janvier 2026, 192 pages.
Couverture En 1886, Élisée Reclus (1830-1905), anarchiste ayant pris part à la Commune de Paris, mais aussi géographe de premier plan, attentif à l'histoire et à l'environnement écologique des populations, consacre au Maroc un chapitre du tome XI de sa Nouvelle Géographie universelle. Nous reproduisons ici ce chapitre.
Reclus étudie notamment l'impact d'un relief tourmenté (le « système de l'Atlas ») sur le morcellement de tribus inégalement soumises au pouvoir politique central du sultan, dont le prestige religieux fait par ailleurs l'unanimité. Outre la distinction ethnologique et linguistique entre populations berbères et populations arabes, il insiste sur l'opposition entre « bled el-makhzen » (régions soumises au pouvoir central) et « bled es-siba » (régions réfractaires à l'impôt et à la conscription).
Le parcours des régions - dont certaines, au nord et au centre, sont encore mal connues - et des principales villes lui permet de décrire des activités agricoles, artisanales et commerciales très diverses. Il constate, de plus, que la double façade maritime du Maroc favorise une ouverture économique, linguistique et culturelle aux pays européens.
Ce sont là, selon lui, autant de signes précurseurs d'une colonisation qu'il juge prochaine, inexorable et dont il souhaite qu'elle n'entraîne pas, comme ce fut le cas lors de l'annexion de l'Algérie par la France, un déchaînement de violence. 

Élisabeth GAVOILLE et Ida Gilda MASTROROSANature et société, de la Rome ancienne à la première modernité : représentations, savoirs, hantises (Natura e società da Roma antica alla prima età moderna: rappresentazioni, saperi, inquietudini), Bordeaux, Ausonius Éditions, coll. Scripta Receptoria 33, 2025, 294 p.
Couverture Ce 3e volume de la série ERA, consacrée à la réflexivité environnementale dans la Rome antique et à ses prolongements jusqu’à la première modernité, est issu d’un colloque organisé à Tours en novembre 2021, augmenté de plusieurs contributions: sur la période considérée, en “longue durée”, comment étaient pensées et représentées les interactions avec la nature, tout à la fois cadre d’existence et objet d’activités humaines, ordre cosmique et norme éthique, puissance de production et de destruction? Les treize études réunies ici en proposent divers témoignages à travers les littératures latine, néolatine et vernaculaire.
La première partie présente des visions idéales et des modèles inspirés par la nature: paysages de la Rome primitive à l’époque augustéenne, description du locus amoenus chez les poètes tardifs Reposianus et Tiberianus, images allégoriques dans les traités de poétique de Joachim Vadian, Marco Girolamo Vida ou Jules-César Scaliger. La deuxième porte sur l’exploitation rationnelle des ressources: “patrimonialisation” socioculturelle de l’eau au Ier siècle de l’Empire, éloge du travail agricole dans l’Hortulus du bénédictin Walafrid Strabon, valorisation de l’agronomie dans l’activité éditoriale de la Renaissance. La troisième section s’intéresse aux dénonciations des dommages causés par la civilisation romaine, à propos de l’extinction de l’éléphant d’Afrique du Nord (Pline l’Ancien, Themistius), ou des violations infligées à la nature par l’avidité humaine et le goût du luxe (Sénèque, Lucain, saint Jérôme). La quatrième concerne la perception des catastrophes naturelles (incendies, éruptions volcaniques, inondations et épidémies, tremblements de terre), entre occasion politique de bienfaisance, interprétation religieuse d’un châtiment divin et explications savantes héritées de l’Antiquité.
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