Séminaire Droit(s), Institutions et Interactions Culturelles
Quelles institutions pour un fédéralisme social ? Retours sur l’expérience fédérale au Rojava
Odile Tourneux est chargée de recherche en philosophie politique au laboratoire SND (UMR 8011) – Sorbonne Université.
L’actualité braque tragiquement les projecteurs sur le Nord de la Syrie. Après le bombardement des quartiers kurdes d’Alep par l’armée de Damas début janvier 2026, Kobané est à son tour assiégée par les troupes du président par intérim Ahmed al-Charaa, faisant craindre un désastre humanitaire. Soutenu matériellement par la Turquie et diplomatiquement par Donald Trump, le gouvernement syrien entend mettre fin à l’expérience autogestionnaire du Rojava. Depuis le début de la guerre civile en 2011, le Nord et l’Est de la Syrie se distinguent pourtant par une inventivité démocratique et fédéraliste inédite. Inspirés par le « municipalisme libertaire » de Murray Bookchin et le « confédéralisme démocratique » défini par Abdullah Öcalan, les membres du PYD (Parti de l’Union démocratique) ont, pendant près de quinze ans, fait vivre une forme de fédéralisme qualifiable de fédéralisme social. Convaincus que, même fédéral, l’État demeure un instrument de domination, ils ont cherché à instaurer une organisation politique visant moins à gouverner qu’à rendre possible une vie publique autonome. Est-il toutefois possible d’organiser la vie civile et économique d’un territoire hors du cadre étatique ? Cette présentation s’intéressera aux liens ambigus entre État et fédération sociale. L’expérience du Rojava permettra d’examiner la possibilité de penser des institutions fédérales échappant à la forme politique de l’État.