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Les enjeux du canon littéraire en contexte postmigratoire

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Date(s)

le 18 mars 2026

17h
Lieu(x)

Site Tanneurs

Salle des Actes (203) | Sur Teams

Séminaire Écritures et concepts en mouvement

Présentation
Dans quelle mesure les écrivaines et les écrivains allemands issus de l’immigration se sentent-ils inclus et représentés par le patrimoine culturel national ? Jusqu’à quel point s’approprient-ils les représentations, les normes et les discours véhiculés par les « grandes œuvres » consacrées par l’historiographie littéraire ? Sur quels points s’en démarquent-ils au contraire, de façon à imposer un changement de regard, tant sur leur propre travail que sur les œuvres canoniques elles-mêmes ?
En examinant les stratégies narratives et discursives mises en œuvre par quelques autrices et auteurs emblématiques de la littérature allemande contemporaine dite « interculturelle », cette conférence fait l’hypothèse que les textes produits dans les « marges » du champ littéraire peuvent – à l’instar de nombre de textes post-coloniaux – être lus au moins partiellement comme des réactions au discours hégémonique qui sous-tend les écrits des « classiques », ou qui leur a été attribué par la postérité. Dans cette perspective, les œuvres de Rafik Schami, Emine Sevgi Özdamar et Feridun Zaimoglu, entre autres, sont envisagées comme des relectures « contrapuntiques » (E. Said), visant à donner voix aux « subalternes » (G. Spivak) et mobilisant des procédés de writing back (Tiffin, Griffiths et al.), où les auteurs négocient leur rapport à la nation ainsi que leur propre position dans le champ littéraire.
La notion d’immigration s’affirme dans ce contexte comme une clé pour appréhender un ensemble hétérogène de démarches scripturales propres aux auteurs « non-majoritaires » (S. Taberner), sans pour autant réduire les œuvres à ces démarches. En montrant de quelles façons ces écrivains pensent et pratiquent l’immigration littéraire, entendue comme une dynamique de transfert, d’appropriation et de participation, nous verrons comment ils investissent le champ et déjouent les logiques d’exclusion qui structurent les grands récits collectifs : ils déploient cette dynamique dans le temps long, en s’emparant du canon national (et plus largement occidental), non pour le réinterpréter ni pour y diluer une différence culturelle préconstituée, mais pour le co-construire. Donnant à voir d’autres logiques – transnationales, transhistoriques et polydirectionnelles – propres à normaliser les savoirs marginaux ou minoritaires, leurs textes font ainsi bouger les lignes : perturbant l’ordre hégémonique du discours institutionnel, ils contribuent à décentrer les imaginaires et à redessiner les cartographies symboliques.

Christine MEYER est professeure d’études germaniques à l‘Université de Picardie Jules Verne et directrice du Centre d‘Études des Relations Linguistiques et Littéraires (UR 4283 – CERCLL). Spécialiste de littérature allemande contemporaine, elle a consacré plusieurs ouvrages et de nombreux articles à l’intertextualité, comprise à la fois comme réception productive du canon littéraire et comme vecteur de resémantisation et de remise en question des représentations dominantes. Ses travaux actuels portent sur le rôle des écrivains, et plus largement des artistes, dans la reconfiguration des discours mémoriels. Derniers ouvrages parus : Questioning the Canon: Counter-Discourse and the Minority Perspective in Contemporary German Literature, De Gruyter, 2021 ; Postmemory und die Transformation der deutschen Erinnerungskultur, De Gruyter, 2024 (codir. avec A. Gvelesiani).
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