Présentation
Dans ce séminaire, nous nous proposons de réfléchir à certains dilemmes auxquels nous faisons face aujourd'hui – tels que la diffusion de la post-vérité et de la paranoïa comme stratégies politiques – à partir de la fiction. La perception d'un grand changement dans les régimes de vérité ces dernières années est à l’origine d’une enquête comparatiste : nous étudierons les notions de « littérature paranoïaque » et de « complot » qui émergent de l'œuvre de l'auteur argentin Ricardo Piglia (1941-2017) pour évoquer la fiction latino-américaine contemporaine, représentée par Piglia lui-même et par des auteurs plus récents, comme Samanta Schweblin (aussi argentine) et Bernardo Carvalho (brésilien). Certains romans de ces auteurs semblent opérer un double mouvement : le recours à la paranoïa en tant que forme de connaissance, mais aussi la transmutation de son échec, en valeur positive. Nous formulons l’hypothèse selon laquelle une partie de la littérature contemporaine latino-américaine met en oeuvre une reconstruction de la représentation et du sens dans le roman, à partir de l'effondrement des quêtes paranoïaques du réel et de la vérité.
Gisela Bergonzoni est maîtresse de conférences en Théorie littéraire à l’Universidade Estadual de Campinas (Unicamp), au Brésil, depuis 2023. Docteure en Littératures comparées par l’Université Rennes 2 (2017), elle est actuellement chercheuse invitée à l’Université de Tours. Elle est éditrice-en-chef de la revue Remate de Males et travaille aussi comme traductrice. Ses recherches portent sur la littérature contemporaine en différentes langues, se développant sur des thèmes comme l’autorité, les écritures de soi, la maternité, le réalisme et la paranoïa. Son livre L’Auteur squatteur : le roman contemporain après Barthes, d’après Barthes paraîtra chez les Presses Universitaires de Rennes.